Elle a la splendeur du passé et la hargne du quotidien. Île de pierre et de bois qui a poussé au milieu des bras d'une rivière de cuivre, la ville d'Iquitos s'est délibérément isolée au cœur du bassin amazonien: on ne peut la rejoindre que par cinq jours de bateau à marchandises ou une heure d'avion. Le seul pont qui la relie à l'extérieur, c'est le grand et mythique fleuve Amazone, qui va traverser la frontière du Brésil et de la Colombie.

Iquitos. Au temps du caoutchouc, les magnats prospères y ont construit de magnifiques demeures d'azuleros, souvenir révolu du temps de la magnificence. Entre ses artères de faïence, la ville est bruyante, agressive et ses avenues bitumées vomissent les motos taxis. La cité a toute l'insolence de son autarcie, son quotidien elle a pris l'habitude de le conquérir à la rage du poignet. Ici les taxistes ne t'adressent pas la parole, ils t'agressent violemment et se battent pour t'embarquer. Seule le fleuve sombre, où passent les longues lanchas débordantes de marchandises et les petite peke peke à moteur, semblent donner à la ville un soupçon de sérénité.

De Belen que je visite avec deux agents municipaux de sécurité sortis de nulle part, je ne sais ce que mon regard retient: le tapis d'ordures sous les maisons, les égouts qui se déversent directement dans le fleuve, les enfants qui se baignent à grande joie dans cette eau nauséabonde. Ou l'énergie qui se dégage d'un quartier surpeuplé, les parties de foot entre les cases, les nénuphars à l'arrière des casas. Le sourire innocent des gamins des rues ou le regard plus prédateur des adultes. Le mélange de la misère et de la joie. A Belen, j'ai le sentiment qu'il ne suffit pas de regarder la réalité pour la comprendre.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire